L’araignée

Installée dans le coin sombre d’une remise, l’araignée tissait. Emplissant l’air de leur bourdonnement, de grosses mouches se jetaient régulièrement dans sa toile, trompées par la pénombre et la finesse des fils produits par l’esprit arachnéen qui guettait dans l’ombre.
Pourtant, l’araignée n’était pas contente. Malgré les prises abondantes, elle nourrissait une profonde insatisfaction dans son cœur, symbolisée par la croix qui ornait son dos. Car l’araignée avait un esprit perfectionniste. Or, sa toile était loin d’être parfaite, puisqu’elle était pleine de trous, qui représentaient autant d’échappatoires pour les insectes de plus petite taille.
Ce dont l’araignée rêvait, et qui l’empêchait de trouver la sérénité, c’était l’obsession du piège parfait, inévitable, de la moustiquaire totale.
Après avoir croqué une série impressionnante de mouches et s’être, ainsi, préparée physiquement à réaliser l’œuvre monumentale qui l’attendait, elle se mit à l’ouvrage. Ce qu’il fallait, c’était créer une toile sans trous, parfaitement opaque, qui ne laisserait passer ne serait-ce le plus infime microbe.
Après des nuits blanches de labeur et une dépense d’énergie admirable, elle parvint à créer l’œuvre tant désirée. La toile qu’elle venait de confectionner était d’une blancheur immaculée et visible de loin.
C’est d’ailleurs pour cette raison que plus aucune mouche ne s’y égara et que la créatrice de ce piège, trop parfait pour être efficace, creva de faim.
Cependant, elle mourut heureuse.
Son invention était sans faille, après tout.


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