La cigogne et le serpent

 

Une cigogne vint un jour près d’un étang

Et vit, en se penchant, un grassouillet serpent.

L’oiseau n’hésita pas, le prit par le collet

Et sans mâcher sa proie, n’en fit qu’une bouchée.

Mais deux minutes après, quelle fut sa frayeur,

Quand le serpent, vivant, quitta son postérieur.


Notre échassier en fut très chagriné

Et se crut le jouet de la fatalité.


Pourtant, sans se décourager, il avala

Le vicieux fugitif une seconde fois

Et puis, pour éviter que son repas gluant

Ne prit une seconde fois la clé des champs

Madame la cigogne ferma l’ouverture

En plaquant ses deux fesses contre un mur.

Hélas, son génie fut très mal récompensé,

Ce qui arrive bien souvent aux gens sensés

Qui croient tenir les couleuvres par le bon bout

Et se font grâce ensuite de penser à tout.


Ce fut le cas de notre oiseau, car le serpent,

Trouvant le cul bouché, ressortit par devant.


La cigogne, voyant cela, fut très déçue

Et jura sur sa vie qu’on ne l’y prendrait plus.

Déglutinant encore une fois le crotale

Elle eut cette idée qui entra dans les annales :

D’un geste ell’ relia son bec avec son cul

Et déclara, très digne : »Maintenant, circule ! »


Moralité : Rien ne vaut, quand c’est glissant,

Les vases communicants.

 

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