Des mots y en a plus qu’il en faut :
Les gros, les beaux et les bonmots,
Les mots-croisés, les mots en croix,
Les mots qu’on dit mais qu’on croit pas.
Y a les mots doux, ceux qui sont simples,
Y a les mots durs et les mots humbles,
Les mots ardents, chargés d’amour
Et ceux qu’on évoq’ par détours.
Y a les mots qui s’prostituent,
Se substituent et mettent à nu,
Les mots qui tuent et s’entretuent,
Mots de vertus, mots incongrus.
Mots qui soutiennent, mots qui reviennent,
Mots qui susurrent et qui rassurent
Mots qui caressent et puis redressent,
Mais qui parfois régressent et blessent.
Y a les mots qu’on ne dit pas,
Les mots de trop et ces mots-là
Qu’on a notés parc’ que voilà,
« la garde meurt, mais n’se rend pas ! »
Y a les motifs et les maudits,
Les motus et les mots qu’on fuit
Quand les commères et les vantards
Se remettent une couch’ de fard.
Et n’oubliez pas les morales
Et les ras l’mot et les mots sales,
Les mots laids qui font parfois mal
Et les mots roses un peu banals.
Je pense aussi aux mots qu’on lance
Ou qu’on balanc’, qui n’ont pas d’sens,
Que sur la langue on fait danser
Et qui sont drôles à écouter.
Les mots creux qu’on a vite trouvés
A la surfac’, sans trop creuser,
Les mots qu’on jette et qu’on regrette
Et les mots d’ordre qui s’y remettent.
Et puis y a Sartre et cous les gens
Qui emploient plus ou moins souvent
Des mots gentils, des mots méchants,
Des mots savants, des mots lassants.
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Ces gens-là on les prend au mot,
Mais y a ceux qui ont l’mal des mots,
Ceux qu’un seul mot peut condamner
Et que mill’ mots ne peuvent sauver.
Et au-dessus y a un regard,
Un geste, un acte, une main tendue,
Vestiges de ces temps barbares
Où les mots n’étaient pas connus.
Y a tous ces cris sortant des yeux,
Les plaintes muettes, les mains des vieux,
L’oreill’ des sourds qui ont la chance
D’écouter la voix du silence.
Voix libérée d’vocabulaire,
Sans orthographe et sans grammaire,
Voix sans haine et sans rancœur
Qui se refuse aux sourds du cœur.
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