| ©
Le Temps; 18.11.2004 régions
VALAIS. Le conseiller national UDC vient de publier un recueil d'«histoires
courtes». Outre-Sarine, et par l'intermédiaire du «Blick»,
le texte nourrit le scandale
Oskar Freysinger, pornographe? Extraits pour laisser les lecteurs
juges
«Histoires courtes, paraboles et satires.» Ainsi est
sous-titré le livre publié hier en allemand par le
conseiller national UDC Oskar Freysinger. Le Blick, qui avait déjà
fait beaucoup pour la renommée du «Pissoir-Poet»,
auteur de vers sexistes et pornographiques lors d'une assemblée
UDC, ne pouvait manquer d'éplucher à la loupe Brüchige
Welten («Des mondes fragiles») pour y débusquer
quelques fumets pestilentiels.
Et il a trouvé. Un extrait publié hier dans le quotidien
de boulevard zurichois, une scène de sodomie assez précisément
décrite et qui concerne un couple de musulmans: «Au
lieu de son sexe, elle lui présenta son ouverture impure,
rigoureusement interdite par la charia, ouverture qu'elle avait
pris soin auparavant d'élargir patiemment avec un bout de
bois enduit de graisse animale.» Tout cela à l'insu
de son mari, qui, «ébloui d'extase et rendu fou par
le besoin de laisser éclater en elle son désir»,
ne remarque rien.
Le pauvre homme avait été auparavant chauffé
à blanc et «porté aux frontières de l'extase
par des pratiques tout à fait inhabituelles pour lui»,
autrement dit une fellation dans les règles de l'art. L'affaire
se termine mal: «A cet instant, la lumière s'allume
et le lieutenant de Gulbuddin, flanqué de deux gardes, lui
explique qu'il est en état d'arrestation pour pratiques sexuelles
perverses.»
Saphisme et charia
Dans la même nouvelle, les enquêteurs du Blick ont repéré
une scène de saphisme: «Les doigts doux et les lèvres
brûlantes explorent les parties les plus secrètes du
corps, transforment chaque centimètre de peau en jardin des
délices, deviennent toujours plus entreprenants, toujours
plus pénétrants.»
Voyons maintenant le contexte, un peu oublié par le Blick:
dans un village afghan tenu par les talibans, deux femmes, Zuleima
et Meena, deviennent amantes. Le mari de Zuleima est mort au combat
contre les moudjahidin et, quant à Meena, «sa situation
était encore pire». Son mari, Gulbuddin, est en effet
chargé de traquer jusque dans les intimités familiales
les manquements à la charia. Si Meena est devenue l'amante
de Zuleima, c'est en raison de frustrations occasionnées
par la façon qu'à Gulbuddin de l'honorer: «Il
ne la prenait que complètement habillée… enfonçait
son membre à travers une rainure pratiquée dans la
burqa de sa femme… de façon à ce que le contact
entre les deux organismes se réduisent aux parties génitales…»
Résultat: il manquait à Meena «une peau nue
contre la sienne, l'exploration de son corps par des mains douces,
la pression amoureuse de deux lèvres sur sa poitrine tremblante…»
Il y a d'autres passages scabreux dans le livre de Freysinger, comme
le viol d'une Tchétchène par un soldat russe -
«Il déversa sa semence dans la femme comme s'il voulait
à travers elle fertiliser ce grand, ce dangereux pays.»
Le soldat russe, nous est-il expliqué, avait voulu, avant
de tuer la femme, «détruire sa fierté, cette
insupportable fierté… chez les soldats russes l'animal
progressivement avait pris le dessus.»
L'éditeur, Philippe Mengis, propriétaire des Rotten
Verlag et du Walliser Bote, et qui affiche ses convictions démocrates-chrétiennes,
estime que Freysinger «écrit brillamment», que
ses histoires débordent «d'imagination et d'originalité».
Il ajoute «qu'au talent, on doit donner la possibilité
de s'exprimer».
Notons enfin que le «Pissoir-Poet» - curieusement
très prude lorsqu'il s'agit d'appâter l'électorat
chrétien conservateur valaisan - écrit également
en français, mais qu'il n'a trouvé, jusqu'ici, aucun
éditeur romand disposé à publier ses satires,
histoires courtes et autres paraboles.
|
|