| Le
Temps; 19.11.2004 régions
Entre dégoût et approbation molle, le Valais réagit
à la dernière provocation d'Oskar Freysinger
VALAIS. La publication, par le conseiller national UDC, d'un recueil
de nouvelles aux relents islamophobes fait réagir les officiels
du canton. Léonard Bender, président des radicaux,
condamne le texte sans hésitation. Le ministre PDC Jean-René
Fournier se veut plus neutre.
«Choqué», «ligne rouge franchie»:
hier matin, le Valais officiel, que ce soit par Le Nouvelliste ou
le chef du Département de l'instruction publique, Claude
Roch, disait sa stupéfaction dégoûtée
face à la nouvelle provocation du conseiller national UDC
Oskar Freysinger (LT du 18 novembre). Son livre de nouvelles publié
en allemand donne à voir, entre autres choses, des épisodes
pornographiques mettant en scène des musulmans sous la dictature
des talibans.
Une preuve de plus que l'UDC valaisanne, plus que toute autre section
blochérienne, a fait de l'islamophobie militante un des moteurs
de son action. Une dérive qui tient à la fois à
la personnalité de Freysinger, qui a toujours fait de l'islam
la cible majeure et à l'histoire d'un conservatisme valaisan,
nostalgique d'avant1789, et qui ne s'est jamais vraiment résigné
à la démocratie.
Si Claude Roch, de qui l'enseignant Freysinger dépend professionnellement,
a promis, avant sanction, une expertise «neutre» de
l'ouvrage, l'indignation valaisanne prend diverses couleurs. Il
y a par exemple les attitudes limpides, telle celle du président
des radicaux, Léonard Bender: «Comme laïc militant,
je suis bien placé pour affirmer que la liberté religieuse
est un de nos droits fondamentaux, et qu'il faut dénoncer
les amalgames douteux. Quand certaines personnes multiplient les
provocations contre une communauté religieuse sous prétexte
que certains de ses membres ont eu des comportements extrémistes,
cela ne vise qu'à dresser les communautés les unes
contre les autres, à créer de l'insécurité.
L'islam est une religion infiniment respectable, et les musulmans
qui vivent en Suisse doivent se sentir en parfaite sécurité.
Si certains d'entre eux en venaient à être menacés,
je serais spontanément à leurs côtés.»
D'autres, tel le député socialiste Gabriel Bender,
spécialiste de la sociologie des cultures, se montrent plus
nuancés: «On peut d'abord noter chez Freysinger une
ignorance crasse et méprisante du monde musulman, l'ignorance,
par exemple, de la séparation opaque entre sphère
privée et publique. Le sexe à travers la burqa, qu'il
évoque, est en fait d'abord une pratique catholique, celle
de la fente pratiquée dans la chemise de nuit. Ensuite, Freysinger
et les siens ne voient pas que l'affrontement véritable n'a
pas lieu entre musulmans et chrétiens, mais à l'intérieur
de chacune de ces deux religions entre obscurantistes et démocrates.»
Pour autant, Gabriel Bender estime disproportionnée la réaction
face à l'opuscule de Freysinger. De plus, en tant qu'enseignant,
salarié par l'Etat, il juge sévèrement l'initiative
de Claude Roch: «On doit se poser la question: un enseignant
peut-il être anarchiste? raélien? Moi, je pense que
oui. Je défends depuis longtemps, personnellement et publiquement,
la libéralisation du cannabis, contre la position officielle
du Département de l'éducation. A partir du moment
où l'on estime qu'un enseignant a le droit de faire de la
politique, on doit lui laisser le droit d'exprimer ses idées.»
Encore moins tranchante est, dans cette affaire, la position des
responsables du PDC, et notamment du plus exposé d'entre
eux, le conseiller d'Etat Jean-René Fournier - dont
les décisions ont débouché sur l'expulsion
d'imams - qui refuse de se prononcer «sur le cas Freysinger,
puisqu'une procédure est en cours, qui concerne mon collègue
Claude Roch.» Pas plus que sur l'islamophobie ambiante: «Ce
n'est pas à moi de dire ce que l'UDC valaisanne doit penser.
Les actes du gouvernement valaisan ont été de refuser
des visas ou d'expulser des personnalités qui tenaient des
discours extrémistes. C'est encore la population suisse qui
fixe les principes régulant notre société,
et qui sont les principes de l'Etat de droit. Or il est apparu dans
le canton que certains imams contestaient ces principes -
je pense à l'égalité entre hommes et femmes,
l'interdiction du mariage entre mineurs. Ceux qui n'adhèrent
pas à ces principes devraient avoir le courage d'aller vivre
ailleurs.» Oskar Freysinger, lui, croisé hier par hasard
sur le quai de la gare de Sion, se contentait, hilare devant tant
de publicité, de persister et de signer. «Islamophobe?
Tant qu'on voudra.»
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