Blog

Russie: les cocus suisses du politiquement correct

Ce serait à pouffer de rire si ce n'était d'une bêtise à pleurer! Le Temps nous apprend aujourd'hui que «Sergueï Narychkine, bien que figurant sur la liste des personnalités visées par les sanctions économiques de l’UE, a rencontré lundi soir à Paris, à l’ambassade de Russie, des parlementaires français dans le cadre du Conseil franco-russe pour une soirée de débat et d’échange.»

Oui, c'est ce même Narychkine à qui la Suisse a interdit, par «neutralité», de venir chez nous célébrer… nos deux cents ans de bonnes relations diplomatiques!

C'est ce même président de la Douma à qui son homologue suisse, Ruedi Lustenberger, a ordonné de rester chez lui plutôt que de venir parler avec des parlementaires suisses. A quoi sert un parlement, dans une démocratie, sinon à parler? Et comment peut-on résoudre démocratiquement les crises, sinon en parlant? (Etant entendu que la solution de la massue, ou du missile, n'est pas considérée comme démocratique ni civilisée, même si elle a la faveur de la plus grande démocratie du monde).

Eh bien, non: nous avons appris qu'un parlement, dans la Suisse de 2014, ne sert pas à parler mais à se taire — pour le visiteur — et à se boucher les oreilles — pour les hôtes!

A quelles contradictions ne nous conduiront pas la trouille et le politiquement correct? Et ce n'est pas moi qui me le demande, mais, encore une fois, Le Temps:

«En annulant la visite prévue à Berne du président de la Douma, la chambre basse du parlement russe, le président du Conseil national, Ruedi Lustenberger, n’a-t-il pas été particulièrement frileux et naïf?»

Frileux et naïf, d'avoir abruptement éconduit l'homme courtoisement reçu par les parlementaires français? Si peu!

C'est vrai que la France fait partie du conseil de l'OTAN et des nations qui ont instauré les sanctions contre la Russie. Mais c'est vrai aussi que, même sous l'oscillant Hollande, elle ne perd pas le nord. Elle vend quand même à la Russie ses navires de guerre. Elle veille quand même à maintenir, par-delà les sanctions, un contact semi-officiel avec un partenaire malgré tout essentiel et inamovible.

La Russie ne peut pas être déplacée en Antarctique. Elle ne peut pas être privée de son marché, de ses matières premières, de son gaz, de son Bolchoï, de ses sportifs, de ses lanceurs qui sont les seuls aujourd'hui à mettre des gens dans l'espace. Tout le monde l'a compris, sauf la Suisse obsédée d'hygiène. A force de se laver les mains, elle va finir par se les écorcher jusqu'à l'os.

Qu'attendons-nous pour sortir de ce puritanisme suicidaire et retrouver l'équilibre? Je ne parle même plus de l'équilibre politique qui nous a permis de perdurer contre vents et marées depuis des siècles. Je parle de l'équilibre mental qui permet à un humain adulte de survivre de manière autonome plutôt que de finir à l'asile de fous. Une grosse volée de seaux de glace sur notre élite politique me paraît urgente et nécessaire…

Source: http://www.letemps.ch/Page/Uuid/a566f7f6-3279-11e4-861b-f2a0f94a952e

(Archive PDF)